Pour ce numéro 31, nous changeons radicalement d'atmosphère. Après la chaleur du désert et les rouages de la tour d'horloge, nous plongeons dans la fraîcheur brumeuse des fjords de Norvège. Ici, le jardinage ne se fait pas contre le soleil, mais contre l'eau salée et le vent polaire.

Chronique d’un Jardinier Haut Perché n°31

L'anecdote : Le "Potager du Phare de Skomvær"
À la fin du XIXe siècle, sur un îlot rocheux battu par les tempêtes de la mer de Norvège, le gardien du phare de Skomvær avait un problème : le scorbut. Aucune terre ne tenait sur ce rocher nu, balayé par les embruns. Il décida alors d'installer son jardin à l'endroit le plus improbable : sur la galerie extérieure, juste sous la lentille de Fresnel du phare. Là, à 40 mètres au-dessus des vagues, il créa des bacs en bois de carène récupéré sur des épaves, remplis d'un mélange d'algues séchées et de plumes d'eider.

L'environnement & La biodiversité
À cette hauteur, l'air est saturé de sel, ce qui est normalement mortel pour les légumes. Mais le gardien avait remarqué que la chaleur dégagée par la lampe à huile du phare créait un micro-climat constant. Les oiseaux marins, comme les macareux moines, venaient nicher dans les interstices des bacs, apportant un guano riche qui fertilisait le substrat. Les plantes devaient être basses et robustes pour ne pas être arrachées par les coups de vent à 120 km/h.

Le détail insolite
Le secret de ce jardin résidait dans "l'Irrigation par Lumière". Le gardien avait installé des réflecteurs en cuivre poli qui récupéraient une fraction du faisceau lumineux du phare pour le diriger, même la nuit, vers ses choux et ses herbes. Mais l'élément le plus étrange était l'usage de "Cloches de Verre à Sonnette". Ces cloches, qui protégeaient les jeunes pousses des embruns salés, étaient munies d'un petit marteau métallique relié à une girouette sur le toit du phare. À chaque rotation de la girouette, la cloche tait doucement, une vibration qui, selon le gardien, empêchait le sel de se cristalliser sur le verre. On raconte que les marins au loin ne voyaient pas seulement la lumière du phare, mais qu'ils pouvaient parfois sentir l'odeur du thym et du romarin flottant sur l'océan déchaîné.
