Mais est-il réellement désordonné ?
Pas du tout !
Cette photographie est au contraire particulièrement intéressante, car elle montre simultanément plusieurs familles de nuages situées à différentes altitudes.
Autrement dit, nous ne regardons pas simplement « des nuages ».
Nous regardons plusieurs étages de l’atmosphère fonctionner en même temps.
Deux ensembles principaux apparaissent sur cette photographie.
des Cumulus mediocris, dont certains évoluent vers des formes de Cumulus congestus.
des bancs d’Altocumulus, probablement en grande partie :
Altocumulus stratiformis perlucidus
avec localement une organisation pouvant évoquer des ondulations.
Niveau de confiance :
Et voilà déjà notre première surprise :
ce ciel apparemment désordonné possède en réalité une véritable architecture verticale.
Regardons la partie basse de la photographie, notamment au centre et vers la gauche.
Plusieurs nuages présentent :
• une base relativement sombre ;
• des contours très blancs lorsqu’ils sont éclairés par le Soleil ;
• des sommets arrondis ;
• des protubérances ressemblant à du chou-fleur ;
• un développement vertical parfois important.
Nous sommes clairement dans la famille des :
Certains restent relativement modestes et correspondent probablement à des :
Cumulus mediocris.
Mais plusieurs tours, notamment la belle structure blanche visible vers le centre-gauche, présentent une croissance verticale suffisamment marquée pour évoquer :
Un Cumulus congestus est un cumulus dont le développement vertical devient important.
Son sommet forme souvent de puissants bourgeonnements blancs ressemblant :
à un chou-fleur géant.
La comparaison n’est pas seulement esthétique.
Ces protubérances révèlent des mouvements ascendants actifs à l’intérieur du nuage.
De l’air chaud et humide monte.
Plus ses nouvelles protubérances sont :
blanches, brillantes et nettement dessinées,
plus elles témoignent généralement d’une croissance récente.
Le nuage est alors réellement « vivant ».
Ils nous indiquent qu’une certaine instabilité existe dans les basses couches de l’atmosphère.
Le sol ou la masse d’air située près de la surface fournit suffisamment d’énergie pour provoquer des ascendances.
Contrairement au petit Cumulus humilis de beau temps, certains de ceux visibles ici possèdent suffisamment d’énergie pour continuer à se développer verticalement.
Cela ne signifie pas automatiquement :
« orage imminent ! »
Mais la situation mérite davantage d’attention qu’un ciel composé uniquement de petits cumulus aplatis.
Non, rien sur cette photographie ne permet d’identifier clairement un Cumulonimbus.
Et cette distinction est importante.
Les sommets des nuages convectifs visibles restent principalement :
arrondis et cotonneux.
Ils ne présentent pas l’aspect nettement fibreux, glacé ou en enclume caractéristique d’un Cumulonimbus arrivé à maturité.
Nous sommes donc encore dans le domaine du :
Cumulus mediocris / Cumulus congestus.
Mais un Cumulus congestus est justement l’un des stades qu’il faut surveiller lorsqu’une atmosphère devient très instable.
S’il continue à pousser fortement vers le haut, il peut éventuellement évoluer vers un Cumulonimbus.
Les Cumulus appartiennent aux nuages dont la base se trouve généralement dans les basses couches de l’atmosphère.
Sous nos latitudes, leur base se situe fréquemment :
en dessous d’environ 2 000 mètres.
Mais attention :
un Cumulus congestus peut avoir une base relativement basse tout en développant un sommet beaucoup plus élevé.
C’est justement son développement vertical qui le rend spectaculaire.
Levons maintenant virtuellement les yeux vers la partie supérieure de la photographie.
Nous découvrons une tout autre structure.
Les éléments nuageux sont :
• beaucoup plus petits en apparence ;
• regroupés en bancs ;
• parfois alignés ;
• séparés par de larges portions de ciel bleu ;
• beaucoup moins développés verticalement que les Cumulus situés plus bas.
Ils correspondent très probablement à :
Et principalement à une organisation proche de :
Altocumulus stratiformis perlucidus.
En réalité, chaque mot décrit exactement ce que nous voyons.
Altocumulus
Stratiformis
Perlucidus
Donc :
Altocumulus stratiformis perlucidus
pourrait presque se traduire par :
Tout de suite, le latin devient moins intimidant !« une nappe de petits éléments nuageux de moyenne altitude suffisamment espacés pour laisser voir le ciel entre eux. »
Les Altocumulus appartiennent à l’étage moyen de l’atmosphère.
Sous nos latitudes tempérées, ils peuvent généralement évoluer entre environ :
Nous avons donc probablement sur cette photographie :
et plusieurs kilomètres plus haut :
Voilà pourquoi leurs éléments paraissent beaucoup plus petits.
C’est probablement la grande leçon de cette photographie.
Lorsque nous regardons le ciel, notre œil transforme facilement tout ce qu’il voit en une sorte de plafond bleu sur lequel seraient dessinés les nuages.
Mais ce n’est évidemment pas le cas.
Imaginez plutôt un gigantesque aquarium atmosphérique.
Depuis le sol, tous semblent pourtant superposés sur la même photographie.
Ce ciel « brouillon » est donc en réalité un paysage en trois dimensions.
Et probablement séparé verticalement par plusieurs kilomètres.
Sa présence est intéressante, mais restons prudents.
La proximité immédiate de la mer peut influencer les basses couches atmosphériques :
En journée, lorsque la terre se réchauffe davantage que la mer, une circulation de brise marine peut parfois s’installer.
L’air marin plus frais pénètre alors progressivement sur les terres.
À proximité de la limite entre différentes masses d’air, de petits mouvements ascendants peuvent être favorisés.
Mais :
la photographie seule ne permet pas d’affirmer que les Cumulus visibles ici ont été directement produits par une brise de mer.
Il faudrait connaître le vent, l’heure de la photographie, les températures de la terre et de la mer et la situation météo générale.
Ce type de ciel alternant :
peut parfois être observé dans ce que les météorologues appellent :
un ciel de traîne.
La traîne correspond fréquemment à l’air plus frais et instable arrivant derrière une perturbation.
Elle peut produire un ciel très changeant fait :
Mais attention :
nous ne pouvons pas identifier formellement une traîne simplement à partir de cette photographie.
Il faudrait connaître la situation météorologique des heures précédentes.
Voilà une règle importante de notre apprentissage :
un nuage peut être identifié par son apparence ; une situation météo nécessite aussi son contexte.
Face à un ciel comme celui-ci, quelques observations auraient permis de connaître son évolution.
Si oui :
la convection reste active.
Si oui :
les ascendances s’affaiblissent et les nuages commencent probablement à se dissiper.
Leur épaisseur verticale augmente peut-être.
Une averse est alors probablement en cours.
L’atmosphère se stabilise probablement.
La partie la plus intéressante à surveiller se situe dans les basses couches.
Les Cumulus déjà relativement développés montrent qu’une convection existe.
S’ils cessent de grossir :
S’ils deviennent progressivement plus nombreux et plus élevés :
S’ils développent rapidement de puissantes tours verticales :
Et si les sommets commencent à perdre leur aspect de chou-fleur pour devenir fibreux ou étalés :
Sur cette photographie, aucune structure ne permet cependant d’affirmer qu’un orage était en formation.
Devant un ciel aussi riche, essayez de ne plus regarder :
« les nuages »
mais cherchez :
« les étages ».
Commencez par repérer les gros éléments proches :
Puis cherchez derrière eux les éléments :
Avec un peu d’habitude, le ciel cesse progressivement d’être une image plate.
Il prend de la profondeur.
On pourrait traduire cette scène bretonne ainsi :
Nous pensions regarder :« Les basses couches de l’atmosphère sont suffisamment instables pour permettre à plusieurs Cumulus de se développer. Certains commencent même à prendre une belle extension verticale. Plusieurs kilomètres plus haut, une autre couche d’air contient suffisamment d’humidité pour produire des bancs d’Altocumulus. Le ciel paraît désordonné depuis le jardin, mais chaque famille de nuages occupe en réalité son propre étage. »
un ciel un peu brouillon de Bretagne.
Nous découvrons finalement :
et des nuages séparés entre eux par plusieurs kilomètres d’atmosphère.
C’était simplement un immeuble avec plusieurs étages occupés en même temps.
Observer • Identifier • Comprendre • Anticiper
Qu’est-ce que le ciel est en train de nous raconter ?


dans la zone du message concerné.

POURQUOI CES PETITS DÉTAILS SONT-ILS IMPORTANTS ?
Qu’est-ce que le ciel était réellement en train de nous raconter ?





