Le 23 septembre 2026, nous basculons officiellement dans l’automne astronomique. Mais dans nos jardins, nos forêts et nos paysages du Nord, la saison ne se contente plus vraiment de regarder le calendrier…
Demain matin, quelque chose va changer.
Pas de grand bruit.
Pas de feuille qui tombera exactement au bon moment.
Pas de rouge-gorge chargé d’annoncer officiellement la nouvelle.
Et pourtant…
L’équinoxe aura lieu cette année le 23 septembre 2026 vers 02 h 05, heure de France et de Belgique.
À cet instant précis, le Soleil franchira l’équateur céleste.
L’été astronomique sera terminé.
Mais au jardin ?
Là, c’est une autre histoire.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Le mot équinoxe vient du latin et évoque l’idée d’une « nuit égale ».
On entend donc souvent :
« À l’équinoxe, le jour dure exactement douze heures et la nuit douze heures. »
Eh bien…
pas tout à fait !
L’équinoxe correspond avant tout au moment où le centre du Soleil traverse l’équateur céleste.
En pratique, la réfraction de la lumière dans notre atmosphère et la taille apparente du disque solaire font que la durée du jour reste encore légèrement supérieure à douze heures.
L’égalité parfaite entre jour et nuit se produit quelques jours plus tard selon la latitude.
Comme quoi, même l’automne commence par une petite approximation de calendrier.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Voici une autre idée reçue particulièrement tenace.
Si l’hiver et l’automne étaient provoqués par l’éloignement de la Terre au Soleil, l’hémisphère Sud connaîtrait les mêmes saisons que nous.
Or lorsque nous entrons en automne…
le printemps commence dans l’hémisphère Sud.
La véritable responsable est :
Au fil de notre révolution autour du Soleil, les rayons solaires arrivent progressivement plus bas sur l’horizon dans l’hémisphère Nord.
Les journées raccourcissent.
L’énergie reçue diminue.
Et la grande mécanique saisonnière se met doucement à changer de rythme.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
En réalité…
personne n’a attendu les astronomes pour remarquer l’automne.
Pendant des siècles, les populations rurales n’avaient pas besoin de connaître la longitude apparente du Soleil.
Elles regardaient :
• les récoltes ;
• la maturité des fruits ;
• les vendanges ;
• les premières brumes ;
• les migrations d’oiseaux ;
• la chute des feuilles ;
• l’arrivée des champignons ;
• les premières fraîcheurs nocturnes.
La saison était avant tout vécue.
Les calendriers agricoles, religieux et populaires rythmaient les travaux bien davantage qu’une minute précise d’équinoxe.
Aujourd’hui encore, il existe d’ailleurs plusieurs automnes :
•
•
•
Et celui-là n’a pas de montre.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Lorsque les journées raccourcissent, les arbres commencent progressivement à préparer l’hiver.
La production de chlorophylle diminue.
Le vert s’efface.
Et des pigments jusque-là masqués deviennent visibles :
•
•
•
Ce que nous appelons « les couleurs de l’automne » était donc, pour une partie d’entre elles…
déjà présent dans la feuille depuis longtemps.
Le vert nous empêchait simplement de les voir.
L’automne ne peint pas toujours les arbres.
Parfois, il retire juste le premier décor.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Voilà peut-être la plus grande injustice faite à cette saison.
On parle volontiers :
• de feuilles mortes ;
• de fleurs fanées ;
• de fin de saison ;
• de jardin qui s’endort.
Mais sous nos pieds…
ça travaille énormément.
Les arbres récupèrent une partie des éléments contenus dans leurs feuilles.
Les racines poursuivent leur activité tant que le sol reste suffisamment chaud.
Les graines se dispersent.
Les champignons développent leurs réseaux souterrains.
Les vers de terre transforment la matière organique.
Les animaux accumulent des réserves.
L’automne n’est donc pas vraiment une fin.
C’est la saison où le jardin transfère une partie de sa vie du visible vers l’invisible.
Et là, soudainement, le tas de feuilles mortes paraît beaucoup moins mort.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Chez nous, des Hauts-de-France à la Normandie, du Grand Est à la Belgique, l’automne possède une ambiance bien particulière.
C’est le retour progressif :
• des rosées plus abondantes ;
• des brumes matinales ;
• des champignons ;
• des fruits d’automne ;
• des premières feuilles au sol ;
• des vols migratoires ;
• des soirées qui raccourcissent franchement ;
• des lumières plus rasantes, particulièrement appréciées des photographes.
Et puis arrive ce fameux matin où l’on sort dans le jardin et où l’on pense :
« Ah oui… cette fois, ça sent vraiment l’automne. »
´Aucun calendrier ne sait prévoir exactement ce moment-là.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Et cette année, impossible d’ignorer le contexte.
L’été 2026 a été le plus chaud enregistré en France depuis le début des mesures nationales en 1900.
Trois vagues de chaleur se sont succédé, totalisant 53 jours.
La sécheresse des sols a atteint des niveaux exceptionnels.
Même après le retour de certaines pluies en fin d’été, de nombreux jardins n’ont pas encore réellement récupéré.
Alors forcément…
l’automne 2026 n’entre pas dans le jardin par la même porte qu’autrefois.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Il ne modifiera pas la date astronomique de l’équinoxe.
La mécanique Terre–Soleil continuera tranquillement son travail.
Mais il peut modifier fortement la manière dont nous vivons la saison.
Des températures automnales plus élevées peuvent :
• prolonger la croissance de certaines plantes ;
• retarder certaines chutes de feuilles ;
• maintenir des insectes actifs plus longtemps ;
• décaler certaines floraisons ;
• repousser les premières gelées.
Mais attention à un phénomène presque inverse.
Après une forte sécheresse estivale, certains arbres peuvent brunir ou perdre leurs feuilles plus tôt à cause du stress hydrique.
Autrement dit :
un automne plus chaud ne signifie pas nécessairement des feuilles qui restent vertes plus longtemps partout.
Un arbre desséché peut entrer en « automne » avant le calendrier.
Un autre, correctement alimenté en eau, peut conserver son feuillage plus tard.
Le climat brouille donc progressivement certains repères que les générations précédentes considéraient comme évidents.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Ce n’est pas seulement une impression de jardinier.
Parmi les dix automnes les plus chauds observés en France depuis le début du XXe siècle, neuf ont eu lieu depuis l’an 2000.
L’automne 2023 détient actuellement le record national de chaleur.
Cela ne signifie évidemment pas que chaque automne sera chaud.
Nous continuerons à connaître :
• des coups de froid ;
• des tempêtes ;
• des semaines très humides ;
• des brouillards ;
• des gelées précoces certaines années.
Mais la moyenne générale évolue.
Et pour le jardinier du Nord, cela signifie une chose essentielle :
le calendrier reste utile… mais l’observation redevient indispensable.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Après les chaleurs estivales, cette période possède un avantage énorme :
la terre est encore chaude alors que l’air devient plus frais.
Excellent pour les racines.
C’est donc souvent le bon moment pour :
•
•
•
•
•
•
•
Dans un climat où les printemps deviennent parfois rapidement chauds et secs, planter davantage à l’automne peut devenir une stratégie particulièrement intéressante.
Une plante installée en octobre dispose de plusieurs mois pour produire des racines avant d’affronter son premier été.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Pendant longtemps :
« jardin propre » = aucune feuille au sol.
Mais une feuille morte peut devenir :
• paillage ;
• matière organique ;
• nourriture pour les organismes du sol ;
• protection hivernale ;
• refuge pour de nombreux petits animaux.
Bien sûr, on les retire :
• des surfaces glissantes ;
• des passages ;
• des bassins lorsque l’accumulation devient importante ;
• des pelouses lorsqu’une couche épaisse risque d’étouffer l’herbe.
Mais sous les haies, au pied des arbres ou dans certains massifs…
C’est le colis que l’arbre envoie gratuitement au sol.
Autant éviter de le retourner systématiquement à la déchetterie.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Autre tradition à revisiter.
Tout couper.
Tout arracher.
Tout nettoyer.
Tout mettre à nu avant l’hiver.
C’est très propre…
mais parfois beaucoup moins vivant.
Quelques tiges sèches, feuilles et plantes fanées peuvent servir :
• d’abri aux insectes ;
• de nourriture aux oiseaux ;
• de protection aux plantes ;
• de refuge à la petite faune.
Mais ailleurs…
laissons aussi un peu l’automne faire son travail.
Un jardin vivant n’a pas besoin d’être rasé avant l’hiver comme une chambre d’hôtel avant l’arrivée du prochain client.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Vous pourriez regarder le calendrier.
Ou…
sortir quelques minutes dehors.
Cherchez :
• la lumière plus basse ;
• les araignées qui rendent leurs toiles visibles dans la rosée ;
• le premier tapis de feuilles ;
• les vols d’oiseaux ;
• les glands et marrons ;
• les champignons ;
• les nuits qui deviennent franchement fraîches ;
• l’odeur de terre humide après la pluie.
Puis observez votre jardin.
Car finalement…
l’équinoxe nous dit quand commence l’automne des astronomes.
La nature, elle, nous raconte quand commence le nôtre.
La nature, elle, nous raconte quand commence le nôtre.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Demain, à 02 h 05, l’automne commencera officiellement.
Personne ne l’entendra arriver.
Le trèfle dormira probablement.
La coccinelle n’aura pas mis de réveil.
Et le potager ne consultera toujours pas l’éphéméride.
Mais quelque chose aura changé.
La lumière continuera à décliner.
Les nuits gagneront progressivement du terrain.
Et le jardin entrera dans cette drôle de période où ce qui semble terminer son cycle…
prépare déjà le suivant.
Alors cette année, plutôt que de dire :
« Voilà, l’été est fini… »
essayons peut-être :


dans la zone du message concerné.
