Après plusieurs semaines de chaleur, de soleil et de sécheresse, beaucoup de jardins ont pris cet été une teinte que les catalogues de gazon oublient généralement de présenter :
Lorsqu’il manque d’eau, le gazon bien installé ralentit fortement sa croissance et peut entrer en dormance estivale.
Les feuilles sèchent, mais une partie importante des racines et des bourgeons situés près du sol restent vivants.
Avec le retour de pluies suffisantes et de températures plus douces, beaucoup de pelouses reverdiront naturellement.
Mais une autre question mérite désormais d’être posée :
Et surtout…
nous avons beaucoup plus de possibilités que nous l’imaginons.
Dans les Hauts-de-France comme ailleurs, les étés chauds deviennent progressivement plus fréquents et les périodes de sécheresse des sols constituent désormais une donnée à prendre davantage en compte dans la conception des jardins.
Cela ne signifie pas que notre région va devenir méditerranéenne.
Au contraire, notre difficulté sera probablement plus subtile :
- []des étés plus chauds ;
[]des périodes sèches plus longues ;
[]des épisodes de très forte chaleur ;
[]mais toujours des hivers humides ;
[]des sols parfois saturés d’eau ;
[]et des épisodes de gel qui ne disparaîtront pas.
Une plante adaptée au jardin du Nord de demain devra parfois supporter la sécheresse en juillet… et avoir les pieds dans une terre froide et humide en janvier.
Sacré cahier des charges.
Voilà la première règle à retenir.
Une pelouse traditionnelle possède un avantage extraordinaire :
elle accepte relativement bien que l’on marche, coure, joue et s’allonge dessus.
Beaucoup de plantes couvre-sol résistent à un passage occasionnel.
Beaucoup moins acceptent :
- []des enfants qui jouent au ballon ;
[]un chien qui effectue vingt fois le même sprint ;
[]une table déplacée tous les week-ends ;
[]des passages quotidiens toujours au même endroit.
Pour les passages répétés, la meilleure solution reste souvent :
des pas japonais ou une petite allée perméable au milieu du tapis végétal.
Anciennement souvent appelée Lippia nodiflora, cette petite Verbenaceae forme un tapis extrêmement bas grâce à ses tiges rampantes qui s’enracinent au contact du sol.
Elle est utilisée comme alternative au gazon dans les régions chaudes et sèches.
Mais pour Jardins du Nord, il existe un gros MAIS :
sa rusticité est seulement moyenne.
Elle peut supporter approximativement des températures comprises autour de -5 à -10°C selon les conditions, perdre son feuillage en hiver et repartir au printemps.
À Ruitz, dans le Grand Est ou dans une cuvette froide, je ne transformerais donc certainement pas toute une pelouse en Phyla du premier coup.
Et probablement l’un des plus réalistes pour nos régions.
Nous y reviendrons en détail.
Cette plante originaire d’Amérique tropicale est frileuse.
Elle peut être cultivée en saison chaude, en pot ou comme couvre-sol estival, mais le gel constitue un problème majeur.
À conserver comme curiosité botanique, pas comme solution permanente pour 100 m² de jardin.
Si l’on parle bien de la porcelle enracinée — Hypochaeris radicata, elle possède effectivement une excellente résistance à la sécheresse grâce à sa racine profonde.
Elle supporte aussi relativement bien la tonte.
Mais :
- []elle forme surtout des rosettes ;
[]elle ne constitue pas un tapis homogène ;
[]elle émet de longues hampes florales ;
[]elle peut coloniser rapidement une pelouse.
Nom botanique : Trifolium repens
Si je devais sélectionner une seule alternative réaliste pour transformer une grande pelouse du Nord…
ce serait probablement celle-ci.
Le trèfle blanc possède une formidable capacité à coloniser le sol grâce à ses tiges rampantes qui s’enracinent progressivement.
Les formes dites microtrèfles possèdent des feuilles plus petites et supportent mieux une tonte basse.
- []reste souvent vert plus longtemps que les graminées en période sèche ;
[]fixe naturellement l’azote atmosphérique grâce aux bactéries associées à ses racines ;
[]demande très peu d’engrais ;
[]supporte la tonte ;
[]tolère le piétinement domestique ;
[]les fleurs nourrissent les pollinisateurs ; - peut être semé directement dans une pelouse existante.
Une pelouse de trèfle en fleurs attire les abeilles.
Excellent pour la biodiversité…
un peu moins pour le concours familial de marche pieds nus en juillet.
Sur les zones de circulation, on peut tondre ponctuellement les fleurs.
Nom botanique : Achillea millefolium
Voilà une plante particulièrement intéressante.
Pendant des décennies, beaucoup de jardiniers ont tenté de l’éliminer de leur pelouse.
Et aujourd’hui…
nous découvrons qu’elle possède précisément les qualités que nous recherchons.
Elle produit un feuillage fin, presque plumeux, qui reste très bas lorsqu’il est régulièrement tondu.
Ses rhizomes colonisent progressivement le terrain.
Pourquoi est-elle intéressante ?
Parce que l’achillée tolère :
- []la sécheresse ;
[]les sols pauvres ;
[]la tonte ;
[]un certain piétinement.
Nom botanique : Herniaria glabra
Voilà probablement la plante la plus surprenante de cette fiche.
Elle forme un tapis très bas, dense, presque mousseux.
Son feuillage mesure seulement quelques millimètres et prend parfois des nuances bronze en hiver.
- []reste très basse ;
[]pas besoin de tondeuse ;
[]résiste bien au sec une fois installée ;
[]supporte le froid ;
[]accepte un piétinement raisonnable ;
[]reste esthétique une grande partie de l’année.
- []entre des pas japonais ;
[]devant une terrasse ;
[]dans une petite cour végétalisée ;
[]sur une ancienne petite pelouse.
Nom botanique : Thymus serpyllum et autres thyms rampants
Imaginez :
vous traversez le jardin…
et chaque pas libère une petite odeur de thym.
Pas mal comme remplacement du gazon.
Variétés intéressantes :
- []Thymus serpyllum ;
[]Thymus praecox ;
[]‘Elfin’ ;
[]‘Snowdrift’ ; - ‘Red Carpet’.
et pourrir à +5°C dans une terre détrempée.
Nom : Chamaemelum nobile ‘Treneague’
C’est la célèbre camomille à gazon.
Le cultivar ‘Treneague’ possède une particularité intéressante :
il ne fleurit pratiquement pas et reste très bas.
Le feuillage fin et aromatique forme progressivement un tapis.
Pour obtenir rapidement un tapis, on peut espacer les plants d’environ 10 à 20 cm.
- []elle supporte mal les sols argileux lourds ;
[]elle n’aime pas le piétinement répété ; - il faut éviter de marcher dessus pendant plusieurs semaines après plantation.
Pas pour remplacer la pelouse où les petits-enfants organisent la finale de la Coupe du monde.
Synonymes : Lippia nodiflora, Phyla nodiflora
Voici donc celle que tu avais en tête.
Cette plante forme un tapis très bas grâce à ses stolons.
Elle produit durant la belle saison de petites inflorescences blanches rosées.
Dans le sud de l’Europe, elle peut constituer un véritable tapis de substitution au gazon.
Chez nous, je serais beaucoup plus prudent.
Pourquoi ?
Parce qu’un hiver sévère peut fortement endommager le feuillage et parfois la plante.
Installer quelques mètres carrés :
- []contre un mur exposé sud ;
[]sur un terrain chaud ; - dans une zone protégée des vents froids.
Et seulement ensuite décider si elle mérite davantage de terrain.
Voilà exactement le genre d’expérimentation collective qui pourrait d’ailleurs être intéressante à suivre sur le forum.
Nom botanique : Prunella vulgaris
On la rencontre naturellement dans de nombreuses pelouses.
Ses tiges rampantes s’enracinent et forment progressivement de petites nappes.
Lorsqu’elle n’est pas tondue, elle produit de jolies petites fleurs violettes très appréciées des insectes.
Elle possède un énorme avantage :
elle est beaucoup mieux adaptée aux conditions du nord-ouest européen que de nombreux couvre-sols exotiques à la mode.
On l’appelle parfois muguet du Japon ou herbe mondo.
Pourtant, ce n’est pas une graminée.
Ses feuilles très étroites donnent véritablement l’impression d’un petit gazon.
Ce n’est donc pas la plante des grandes surfaces torrides.
Mais elle devient extrêmement intéressante dans une autre stratégie :
Une zone d’ophiopogon peut donc remplacer avantageusement un gazon qui dépérit faute de lumière.
Exemples : Sedum acre, Sedum album et autres orpins rampants
Ils possèdent de petites feuilles charnues capables de stocker de l’eau.
Alors pourquoi les citer dans une fiche consacrée aux pelouses ?
Parce qu’il n’est pas nécessaire que toute la surface du jardin soit piétinable.
Les sedums peuvent remplacer le gazon :
- []au pied d’un mur ;
[]sur un talus ;
[]entre des zones de circulation ;
[]autour d’une terrasse ; - sur une bande trop sèche pour les graminées.
on ne remplace plus une pelouse par UNE autre pelouse.
On découpe le jardin en zones adaptées à leurs usages.
Et voici finalement ma solution préférée.
Au lieu de remplacer 300 m² de gazon par 300 m² d’une autre plante…
pourquoi vouloir encore une monoculture ?
Un tapis peut associer par exemple :
- []microtrèfle ;
[]fétuques résistantes au sec ;
[]achillée millefeuille ;
[]brunelle commune ;
[]quelques pâquerettes ;
[]thym dans les endroits les plus secs ; - plantes sauvages basses spontanées que l’on choisit volontairement de conserver.
Et c’est précisément le but.
Il sera :
- []plus vivant ;
[]plus résistant ;
[]plus intéressant pour la biodiversité ;
[]moins dépendant de l’arrosage ;
[]moins sensible à une maladie spécifique ;
[]capable de changer d’aspect au fil des saisons.
C’est probablement beaucoup plus proche du jardin résilient que nous allons devoir apprendre à construire.
Pendant longtemps, l’argument commercial idéal était :
un arbre devient pratiquement :
- []diminue la température du sol ;
[]réduit l’évaporation ;
[]limite le stress thermique des plantes ;
[]crée un microclimat ; - protège également insectes, oiseaux et petite faune.
l’ombre d’un arbre ne signifie pas nécessairement sol humide.
Les racines de l’arbre consomment elles aussi énormément d’eau.
Il faut donc rechercher sous les arbres des plantes capables d’accepter :
ombre + compétition racinaire + sécheresse temporaire.
Imaginons une terre argileuse.
En août :
Ce n’est pas la sécheresse qui les tue.
C’est l’hiver humide qui suit.
Pour un sol argileux lourd, privilégiez davantage :
- []trèfle ;
[]achillée ;
[]brunelle ;
[]pelouses mélangées.
- []thym ;
[]herniaire ; - certaines plantes méditerranéennes ;
C’est probablement l’erreur la plus fréquente.
Une plante résistante à la sécheresse devient résistante…
une fois correctement enracinée.
Pendant la première saison, même le thym ou l’herniaire auront besoin d’eau.
Pour réussir :
- []planter de préférence avant les grandes chaleurs ;
[]arroser profondément après plantation ;
[]maintenir le sol légèrement frais durant l’enracinement ;
[]espacer progressivement les arrosages ; - forcer ainsi les racines à descendre davantage.
reste une excellente manière d’obtenir une plante très résistante… mais morte.
Cela peut sembler paradoxal après une canicule.
Mais dans nos régions, septembre et octobre constituent souvent le meilleur moment.
Pourquoi ?
- []la terre reste chaude ;
[]les pluies reviennent généralement ;
[]l’évaporation diminue ;
[]les racines peuvent travailler pendant plusieurs semaines ; - les plantes arriveront au printemps déjà installées.
les espèces plus frileuses comme Phyla nodiflora seront mieux plantées au printemps.
Pour le thym en sol humide, une installation printanière peut également être plus prudente.
Je déconseille fortement la méthode :
- []Choisissez une zone test de 5 à 20 m².
[]Observez soleil, ombre, humidité et circulation.
[]Tondez très court et scarifiez fortement.
[]Supprimez les vivaces réellement indésirables.
[]Améliorez si nécessaire la structure du sol.
[]Installez une ou plusieurs espèces adaptées.
[]Arrosez pendant l’enracinement.
[]Observez pendant un été ET un hiver. - Agrandissez seulement si le résultat fonctionne.
Ne demandez pas à une plante de supporter l’impossible.
Si toute la famille traverse exactement le même endroit dix fois par jour :
faites un chemin.
Pas nécessairement du béton.
On peut utiliser :
- []pas japonais ;
[]pavés espacés ;
[]graviers stabilisés ;
[]dalles perméables ; - copeaux sur certaines zones.
Une pelouse exclusivement composée de graminées nourrit relativement peu les insectes pollinisateurs.
Une pelouse contenant :
- []trèfle ;
[]thym ;
[]brunelle ;
[]achillée ; - pâquerettes ;
C’est excellent pour la biodiversité.
Mais cela implique aussi quelques adaptations.
Si vous aimez marcher pieds nus :
- []tondez une bande de circulation ;
[]conservez les zones fleuries ailleurs ; - ou utilisez une variété non florifère comme la camomille ‘Treneague’ sur les petits passages.
Quelques plantes apparaissent régulièrement dans les articles consacrés aux alternatives au gazon.
Mais elles ne sont pas nécessairement adaptées à nos conditions.
Lippia dulcis — sucre des Aztèques
Dichondra
Sagine — Sagina subulata
mais elle apprécie les sols frais.
Ce n’est pas une championne de la canicule sèche.
Leptinella
Même remarque : jolie alternative dans un sol restant frais, mais beaucoup moins intéressante pour une pelouse exposée plein sud sans irrigation.
Zoysia
Très résistant à la sécheresse pour certaines espèces.
Mais c’est une graminée de saison chaude : sous notre climat, elle peut rester brune longtemps pendant la saison froide.
Nous risquerions donc de résoudre :
« ma pelouse est marron en août »
par :
« formidable, maintenant elle est marron en janvier ».
Conservez une zone résistante composée de graminées adaptées et de microtrèfle, et transformez plutôt les zones périphériques.
Voilà probablement le changement le plus important.
Pendant longtemps, une belle pelouse signifiait :
- []une seule hauteur ;
[]une seule couleur ;
[]aucune fleur ;
[]aucun trèfle ;
[]aucune pâquerette ;
[]tonte chaque semaine.
Le gazon est parfois jaune…
et au milieu :
- []le trèfle est encore vert ;
[]l’achillée résiste ;
[]le plantain tient ;
[]certaines pâquerettes repartent ; - les plantes sauvages profondément enracinées survivent.
Je ne transformerais pas demain tous nos jardins en tapis de thym ou de Phyla.
Je commencerais autrement.
1 — Conserver ce qui fonctionne.
Une pelouse ancienne possède déjà un système racinaire important.
2 — Arrêter de combattre systématiquement le trèfle, l’achillée et certaines petites plantes basses.
Elles peuvent devenir nos alliées.
3 — Introduire progressivement des espèces plus résistantes.
4 — Créer des zones d’ombre.
Arbres, haies, arbustes et pergolas deviennent de véritables outils d’adaptation climatique.
5 — Accepter que le jardin change avec les saisons.
Un jardin n’a aucune obligation d’être vert anglais au mois d’août.
6 — Tester avant de généraliser.
Chaque sol, chaque exposition et chaque jardin possède son propre microclimat.
Et c’est probablement là que se trouve la véritable évolution :
mais construire un jardin capable de s’adapter.
Elles ont peut-être deux ou trois choses à nous apprendre.
Votre gazon a-t-il complètement jauni cet été ?
Certaines plantes sont-elles restées étonnamment vertes au milieu ?
Avez-vous déjà essayé :
- []le microtrèfle ?
[]le thym ?
[]l’achillée ?
[]l’herniaire ?
[]la camomille ?
[]ou la fameuse Phyla nodiflora ?
Car avec l’évolution de nos étés, les expériences réalisées aujourd’hui dans nos jardins pourraient devenir…
les bonnes pratiques de demain.


dans la zone du message concerné.










