Nous les nourrissons, leur donnons de l’eau, construisons des nichoirs et nous réjouissons de les entendre chanter.
Mais si la meilleure façon de les aider n’était pas toujours celle que nous imaginons ?
Mais si la meilleure façon de les aider n’était pas toujours celle que nous imaginons ?
Ils sont déjà là.
Sur la pelouse.
Dans la haie.
Sous le pommier.
Sur la gouttière.
Parfois même juste derrière nous lorsque nous retournons la terre.
Nous leur achetons des graines.
Nous installons des mangeoires.
Nous remplissons des coupelles d’eau pendant les canicules.
Nous bricolons des nichoirs.
Bref…
Mais connaissez-vous vraiment vos pensionnaires ?
Car tous ne mangent pas au même endroit.
Tous ne mangent pas la même chose.
Certains adorent votre mangeoire.
D’autres préfèrent que vous ne ramassiez surtout pas les feuilles mortes.
Et il existe même un oiseau qui peut considérer votre mangeoire…
comme un restaurant où le plat principal est constitué des autres clients.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Une mangeoire peut réellement aider les oiseaux pendant les périodes difficiles de l’hiver.
Mais elle ne remplacera jamais :
• une haie remplie de baies ;
• quelques plantes montées en graines ;
• un arbre mature ;
• un tas de feuilles mortes ;
• un peu de bois mort ;
• des insectes ;
• un point d’eau ;
• et quelques coins où le jardinier accepte simplement… de ne rien faire.
C’est peut-être la première règle JDN :
moins nous transformons le jardin en salle d’exposition, plus les oiseaux y trouvent à manger.
Une cardère sèche ?
Le chardonneret y voit un garde-manger.
Une pomme tombée ?
Le merle y voit le dessert.
Un tas de feuilles ?
Le rouge-gorge y voit le rayon frais.
Un vieux tronc ?
La sittelle et les pics y voient un supermarché rempli de larves.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
S’il fallait retenir un seul aménagement utilisable toute l’année, ce serait probablement celui-ci.
Un point d’eau propre et peu profond.
Les oiseaux y viennent :
• boire ;
• se baigner ;
• entretenir leur plumage ;
• se rafraîchir pendant les fortes chaleurs.
En hiver également, ils ont besoin d’eau.
Et contrairement à la mangeoire :
La pension JDN ferme parfois son restaurant…
mais jamais son bar.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Cyanistes caeruleus
Petite, nerveuse, jaune et bleue, elle semble avoir oublié que les oiseaux sont normalement censés se poser à l’endroit.
Elle préfère souvent :
tête en bas,
une patte sur une brindille,
l’autre probablement quelque part ailleurs.
Au printemps et en été, elle consomme énormément :
• chenilles ;
• insectes ;
• araignées.
En hiver, elle devient davantage granivore et fréquente volontiers les mangeoires.
• favoriser les arbres et arbustes ;
• conserver les insectes en bannissant les insecticides ;
• proposer du tournesol noir en hiver ;
• installer un nichoir à ouverture de 28 mm.
Lorsque vous voyez une mésange transporter continuellement de minuscules chenilles vers son nichoir…
vous découvrez soudainement pourquoi un jardin sans insectes n’est pas forcément un jardin en bonne santé.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Parus major
Plus grande que la bleue, poitrine jaune et grande cravate noire.
À la mangeoire, elle possède parfois une conception assez personnelle du partage.
« C’est très gentil d’avoir installé cette nourriture pour tout le monde.
Maintenant, écartez-vous. »
Maintenant, écartez-vous. »
Elle aussi consomme énormément d’insectes pendant la belle saison puis davantage de graines en hiver.
• arbres feuillus ;
• chenilles et insectes ;
• tournesol en hiver ;
• nichoir à entrée d’environ 32 mm.
Mais le plus important reste exactement le même :
une mésange nourrie aux graines en hiver a besoin d’un jardin rempli d’invertébrés au printemps lorsqu’elle élève ses jeunes.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Erithacus rubecula
Vous bêchez.
Il apparaît.
Vous déplacez trois feuilles.
Il se rapproche.
Vous grattez le compost.
Il est pratiquement sur votre chaussure.
Ne soyons pas trop romantiques :
il ne vous aide pas à jardiner.
Vous travaillez pour lui.
Le rouge-gorge recherche au sol :
• insectes ;
• larves ;
• araignées ;
• cloportes ;
• vers ;
• petits mollusques.
En automne et en hiver, il complète son régime avec différentes baies.
Laissez des feuilles sous les haies et dans certains massifs.
Sous cette litière se cache précisément ce qu’il recherche.
Dans la nature, le rouge-gorge profite aussi du travail des animaux qui remuent le sol.
Au jardin, nous pouvons très facilement jouer le rôle du sanglier…
sans forcément retourner toute la pelouse avec notre nez.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Turdus merula
Le mâle noir au bec jaune-orangé est impossible à confondre.
La femelle, brune, est beaucoup plus discrète.
Observez un merle sur une pelouse humide.
Il avance.
S’arrête.
Penche légèrement la tête.
Puis plante soudainement son bec dans le sol.
Il localise notamment les lombrics grâce à différents indices, dont leurs mouvements dans le sol.
Il mange aussi :
• insectes ;
• escargots ;
• limaces ;
• fruits ;
• baies.
Ne soyez pas forcément pressé de l’envoyer au compost.
Le merle peut très bien assurer le service après-vente.
• pelouse non traitée ;
• feuilles mortes ;
• compost accessible ;
• haies à baies ;
• fruits tombés laissés temporairement au sol.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Carduelis carduelis
Masque rouge.
Ailes noires barrées de jaune.
Et probablement l’un des oiseaux les plus élégants de nos jardins.
Son nom donne déjà un indice :
chardon → chardonneret.
Il recherche principalement de petites graines :
• chardons ;
• centaurées ;
• bardanes ;
• séneçons ;
• tournesols ;
• nombreuses plantes sauvages.
On peut le voir sur certaines mangeoires en hiver.
Mais voici probablement le meilleur moyen de l’attirer :
Laissez quelques têtes monter en graines.
« je n’ai pas encore nettoyé ».
Le chardonneret appelle cela :
« buffet ouvert ».
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Passer domesticus
Il habite nos villages et nos villes depuis si longtemps qu’on finit presque par ne plus le regarder.
Et pourtant, ses populations ont diminué dans de nombreux secteurs.
Le moineau mange :
• graines ;
• bourgeons ;
• insectes ;
• divers petits invertébrés.
Et voici un détail important :
les jeunes moineaux sont largement nourris d’insectes.
Autrement dit, remplir une mangeoire ne compensera jamais totalement un jardin vidé de ses insectes.
• petites cavités de nidification ;
• haies ;
• zones herbeuses ;
• insectes ;
• graines naturelles ;
• eau ;
• nichoirs collectifs adaptés lorsqu’il manque des cavités.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Sylvia atricapilla
Monsieur porte une calotte noire.
Madame une calotte brun-roux.
Son chant est puissant, flûté, presque étonnant pour un oiseau aussi discret.
Elle apprécie particulièrement :
• haies touffues ;
• sureaux ;
• ronciers ;
• lierre ;
• arbustes à baies.
Une partie des fauvettes de nos régions migre vers des secteurs plus doux en hiver, notamment depuis le Nord et l’Est.
D’autres peuvent néanmoins être observées pendant la mauvaise saison.
Une haie vivante vaut souvent beaucoup plus qu’une mangeoire.
Sureau, aubépine, viorne, lierre, troène…
Voilà son rayon fruits et légumes.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Prunella modularis
Il passe souvent inaperçu.
Brun grisâtre.
Discret.
Toujours sous les arbustes.
Beaucoup de personnes le prennent pour un moineau.
Mais regardez son comportement :
il avance souvent au ras du sol, sous les haies, en recherchant de petits invertébrés.
En hiver, il consomme davantage de graines et peut récupérer celles tombées sous les mangeoires.
La vie sentimentale de l’Accenteur mouchet est tout sauf conventionnelle.
Polyandrie, polygamie et trios peuvent se rencontrer chez l’espèce.
L’oiseau le plus discret du jardin possède peut-être la vie privée la plus compliquée. 
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Troglodytes troglodytes
Une petite boule brune.
Une queue dressée.
À peine neuf grammes.
Et lorsque Monsieur chante…
on pourrait croire qu’il possède un amplificateur caché dans la haie.
Il fouille :
• ronciers ;
• tas de bois ;
• bas des haies ;
• végétation dense ;
à la recherche de minuscules invertébrés.
gardez quelques endroits un peu désordonnés.
Un tas de bois correctement installé est beaucoup plus intéressant qu’un jardin où rien ne dépasse.
En hiver, plusieurs troglodytes peuvent même se regrouper dans un abri pour conserver leur chaleur.
Voilà donc un oiseau capable de transformer :
« chacun chez soi » en « tout le monde dans la même chambre, il fait -5 °C dehors ».
Très nordiste comme stratégie.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Dendrocopos major
Vous entendez parfois un « toc-toc-toc-toc » très rapide provenant d’un arbre ?
Ce n’est pas forcément votre voisin en train de monter une étagère.
Le Pic épeiche recherche notamment des larves d’insectes dans le bois et peut venir aux mangeoires hivernales pour le tournesol ou les cacahuètes adaptées.
• conserver les arbres âgés lorsqu’ils ne présentent pas de danger ;
• garder un peu de bois mort ;
• éviter de transformer chaque tronc en mobilier de jardin dès qu’une branche sèche apparaît.
Car un arbre mort…
peut être extraordinairement vivant.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Vous regardez par la fenêtre.
Il y avait vingt oiseaux.
Une seconde plus tard :
plus rien.
Puis une silhouette traverse la haie à toute vitesse.
Bienvenue à :
L’ÉPERVIER D’EUROPE — Accipiter nisus.
Oui.
Un rapace.
Dans votre jardin.
Et probablement beaucoup plus souvent que vous ne l’imaginez.
Sa nourriture est constituée principalement de petits oiseaux.
Il sait parfaitement que les mangeoires concentrent ses proies.
Une mangeoire très fréquentée peut donc devenir…
un drive pour épervier. 
Mais surtout :
Il fait exactement ce qu’un prédateur naturel doit faire.
Sa présence signifie que votre jardin participe à une vraie chaîne alimentaire.
Le rouge-gorge mange l’insecte.
L’épervier peut manger le rouge-gorge.
Et personne n’a lu notre règlement intérieur.
placez les mangeoires de manière que les oiseaux puissent voir arriver le danger, tout en disposant de refuges végétaux à proximité sans créer un poste d’embuscade immédiat.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Observation JDN — Quand le jardin devient un vrai territoire de chasse
Dans nos propres jardins, les rapaces ne sont pas seulement des visiteurs théoriques.
Un épervier peut surgir à toute vitesse autour d’une mangeoire pour poursuivre un merle ou un autre passereau.
Un faucon peut lui aussi traverser brutalement le jardin et tenter une capture en plein vol.
Et lorsque le jardin s’appuie sur un secteur boisé, la Chouette hulotte peut devenir une voisine nocturne régulière, particulièrement audible en automne et en hiver.
Ces scènes rappellent quelque chose d’essentiel :
un jardin riche en oiseaux attire aussi leurs prédateurs naturels.
Ce n’est pas un dysfonctionnement.
C’est au contraire le signe qu’une véritable chaîne alimentaire est encore présente.
Le jardinier n’est donc pas seulement celui qui nourrit les oiseaux.
Il héberge parfois, sans le savoir, tout un petit écosystème… jusque dans ses relations de prédation.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Strix aluco
Vous ne la voyez peut-être jamais.
Pourtant, dans les grands jardins arborés, les parcs, le bocage et les secteurs possédant de vieux arbres, elle peut vivre étonnamment près des habitations.
Son activité commence généralement peu après le coucher du soleil.
Elle chasse notamment :
• campagnols ;
• mulots ;
• petits mammifères ;
• oiseaux selon les occasions.
Le meilleur service à lui rendre n’est pas nécessairement de lui construire immédiatement un nichoir.
C’est d’abord de conserver :
• vieux arbres ;
• cavités ;
• bosquets ;
• haies ;
• tas de bois ;
• espaces sans pesticides.
Car en protégeant les campagnols, les insectes et l’ensemble de la chaîne alimentaire…
vous protégez aussi indirectement le prédateur placé au sommet.
Voilà une règle écologique que l’on oublie souvent.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
C’est probablement l’un des points les plus importants de cette fiche.
La recommandation actuelle de la LPO consiste à réserver le nourrissage artificiel essentiellement à la mauvaise saison :
environ de mi-novembre à fin mars, particulièrement pendant les épisodes de froid.
Lorsque le printemps revient, diminuez progressivement puis arrêtez.
Pourquoi ?
Parce que :
• les insectes redeviennent disponibles ;
• les adultes doivent nourrir leurs jeunes avec une nourriture naturellement adaptée ;
• les rassemblements autour des mangeoires favorisent aussi la transmission de maladies.
Les cacahuètes peuvent être proposées en hiver si elles sont :
• fraîches ;
• non grillées ;
• non salées.
Mais elles sont à éviter en été, notamment à cause du risque pour les jeunes.
• pain ;
• aliments salés ;
• restes de repas ;
• lait ;
• graisses de cuisine ;
• cacahuètes salées ou grillées.
Et si vous observez plusieurs oiseaux malades ou morts autour d’une mangeoire :
arrêtez temporairement le nourrissage et nettoyez soigneusement le matériel.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Une mangeoire rassemble beaucoup d’oiseaux au même endroit.
Et beaucoup d’oiseaux au même endroit signifie aussi :
fientes + nourriture humide + microbes.
Nettoyez donc régulièrement :
• mangeoires ;
• plateaux ;
• distributeurs ;
• abreuvoirs.
Pendant le nourrissage hivernal, un nettoyage hebdomadaire des mangeoires constitue une bonne habitude.
L’eau, elle, doit être renouvelée très régulièrement.
Pendant une canicule :
tous les jours est encore mieux.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Nous pouvons construire le meilleur nichoir du monde.
Installer l’abreuvoir parfait.
Acheter le tournesol biologique premium.
Et placer le tout…
à cinquante centimètres d’une cachette idéale pour le chat.
Une mangeoire doit permettre aux oiseaux de surveiller les alentours.
Un point d’eau doit également offrir une bonne visibilité.
Les buissons sont indispensables comme refuges…
mais une mangeoire collée à une masse végétale pouvant servir de poste d’embuscade n’est pas forcément une bonne idée.
Le jardin doit offrir :
refuge + visibilité + possibilité de fuite.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Voici peut-être notre conseil le plus étrange.
Cet automne…
laissez volontairement quelques endroits tranquilles.
Une bande de feuilles sous la haie.
Quelques tournesols secs.
Une cardère.
Un pied de centaurée monté en graines.
Des baies sur le lierre.
Quelques pommes sous l’arbre.
Un tas de bois.
Une haie qui n’a pas été transformée en cube parfait.
Puis observez.
Vous pourriez découvrir qu’en faisant un peu moins…
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Oubliez pendant cinq minutes la pelouse et les fleurs.
Imaginez que vous pesez quinze grammes.
Posez-vous simplement ces questions :
Où puis-je boire ?
Où puis-je me cacher ?
Où sont les insectes ?
Où sont les graines ?
Où sont les baies ?
Où puis-je construire mon nid ?
Puis-je échapper au chat ?
Existe-t-il encore quelque chose à manger en janvier ?
Et soudain…
vous ne regarderez probablement plus votre jardin de la même manière.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
Dans nos jardins des Hauts-de-France, de Normandie, d’Île-de-France, du Grand Est et de Belgique, les oiseaux n’attendent pas de nous un jardin parfaitement rangé.
Ils attendent surtout :
de l’eau,
des insectes,
des graines,
des baies,
des arbres,
des haies,
des cavités,
des refuges,
et un peu de tranquillité.
Oui, nourrissons-les lorsque l’hiver devient difficile.
Oui, donnons-leur de l’eau pendant les chaleurs.
Oui, installons des nichoirs adaptés.
Mais n’oublions jamais ceci :
C’est de refaire du jardin… un habitat pour oiseaux.
Et finalement, c’est peut-être la meilleure nouvelle :
un oiseau ne nous demande pas forcément de travailler davantage.
Il nous demande parfois simplement de jardiner autrement.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━
• Ligue pour la Protection des Oiseaux — LPO France
• Observatoire des Oiseaux des Jardins
• LPO Normandie
• Refuges LPO
• Natagora — Belgique
• Mon vécu personnel
Les besoins et comportements décrits ici sont généraux : un jardin, une saison et un individu peuvent toujours réserver quelques surprises.
━━━━━━━━━━━━━━━━━━


dans la zone du message concerné.
