
C'est une tomate sculpture ... et puis je ne résiste pas au plaisir de vous convier à la lecture de ce petit conte écrit par Martine Selles :
Petite Tomate était encore un bourgeon lorsqu'elle décida de ne jamais mûrir.
Non, elle ne voulait pas périr engloutie dans une bouche aux dents féroces ou écrasée dans un moulin presse - purée, terminer en potage ou en sauce au milieu d'un tas de nouilles.
Non, Petite Tomate rêvait d'un grand destin.
Mais quel peut être le destin d'une petite tomate si ce n'est de grandir et de finir d'une façon ou d'une autre dans l'estomac du jardinier ?
Sa maman qui avait déjà atteint sa côte de maturité, s'inquiétait et surveillait chaque jour sur le corps de sa fille un quelconque changement de couleur. Mais Petite Tomate restait obstinément verte.
"Peut-être est-elle malade ?" - pensait sa maman.
De son côté le jardinier s'étonnait lui aussi. C'était curieux, cette tomate qui ne mûrissait pas, alors que toutes les autres resplendissaient sous leur belle robe rouge uniforme ? Il avait beau arroser, y mettre de l'engrais, rien n'y faisait. Petite Tomate restait verte. Oh, mais pas n'importe quel vert ! Un vert lumineux, comme celui des prairies au printemps quand l'herbe jaillit sous la chaleur des premiers rayons de soleil.
Et lui, là-haut, le soleil, il n'était pas content ! Quoi, cette petite chose de rien du tout, lui résistait ? C'est ce qu'on allait voir.
Alors chaque jour il dardait, de plus en plus fort, ses précieux rayons. Si fort, si fort, que sur la terre les gens se plaignirent : "Il fait trop chaud, on va mourir".
Les marchands de chapeaux tout à coup, furent dévalisés, les débits de boisson, pris d'assaut. Des cohortes de véhicules, s'engagèrent sur les routes, direction la mer. Pas un seul coin au monde où il y ait de l'eau qui ne fut envahi.
Dans les jardins, tous les fruits explosaient ou desséchaient. Le jardinier était aux cents coups. Ses beaux fruits ! Ses beaux légumes ! Tant d'effort pour rien ! Mais il y avait toujours au beau milieu de ses plants de tomates, Petite Tomate, ronde, lisse, et toujours verte !
Ainsi passa un été torride, comme on n'en avait jamais vu.
Mais peu à peu le soleil se lassait. La petite tomate lui résistait ? Qu'elle aille au diable! L'hiver se chargerait bien de lui régler son compte. Mais après l'automne et l'hiver, Petite Tomate était toujours aussi joufflue, ronde, lisse ...et verte.
Depuis cet été caniculaire, le jardinier n'avait plus remis les pieds dans son potager. Il était tombé malade. Il avait même manqué mourir. Il faut dire que c'était un vieil homme.
Quand revint le printemps, il s'enhardit toutefois à reprendre ses outils. Lorsqu'il arriva sur les lieux, son jardinet était pitoyable. Sur les arbres fruitiers, les branches s'élevaient de façon anarchique et il en eut les larmes aux yeux.
Toutefois, retroussant avec courage les manches de sa chemise, il entreprit de biner la terre et d'arracher les vieux plants rabougris et le chiendent. Les folles herbes lui arrivaient aux genoux et le travail s'avérait pénible.
Il allait à nouveau planter sa serfouette quand il L'aperçut, enrobée dans un entrelacement de feuilles de liseron.
Petite Tomate était toujours là, immuable dans sa robe verte, resplendissante de santé, aussi grosse qu'un melon charentais.
Le jardinier n'en croyait pas ses yeux !
D'une main attentionnée, il dégagea le fruit de son nid de feuilles. Il vit que celui ci était bien accroché sur une tige saine. Il arracha vivement les persicaires et les orties qui étouffaient le pied et Petite Tomate apparut ainsi dans la lumière du matin naissant.
Le jardinier la prit en photo. Il envoya le cliché à un magazine de jardinage. Elle fit la couverture puis la une d'un quotidien régional. Elle fut même la vedette d'un reportage sur FR3 après que les caméras se furent déplacées pour la filmer.
Petite Tomate était fière. Elle avait résisté à la puissance du soleil, aux saisons ! Elle avait réussi par sa seule volonté à déjouer le cours de son destin ! Les salades, les potages, les sauces à pizza...
Enfin c'est ce qu'elle croyait. Car elle ignorait que le destin des tomates vertes était de finir en confiture.
Et malgré sa renommée, c'est ce qui lui arriva.

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