Lorsque l’on parle de pollution plastique, nous imaginons souvent des bouteilles flottant dans l’océan ou des fragments échoués sur les plages.
Mais une partie beaucoup moins visible de cette pollution se trouve également sous nos pieds.
Après cinq années de travaux, le programme européen MINAGRIS vient de s’achever. Son objectif : mieux comprendre la présence, le déplacement et les conséquences possibles des micro- et nanoplastiques dans les sols agricoles européens.
MINAGRIS signifie :
MIcro- and NAno-Plastics in AGRIcultural Soils.
Coordonné notamment par l’Université de Wageningen, le programme a débuté en septembre 2021 et s’est achevé fin septembre 2026.
Financé à hauteur d’environ 7 millions d’euros par l’Union européenne, il a associé des équipes travaillant dans plusieurs régions agricoles européennes.
Le but n’était pas seulement de constater la présence de plastique, mais d’étudier :
• les différents polymères rencontrés ;
• leur fragmentation ;
• leur déplacement dans les sols ;
• leurs interactions avec l’eau ;
• leurs effets possibles sur les propriétés physiques du sol ;
• la biodiversité souterraine ;
• les plantes cultivées ;
• et leurs interactions avec d’autres substances comme certains pesticides ou médicaments vétérinaires.
L’agriculture moderne utilise de nombreux matériaux plastiques :
• films de paillage ;
• bâches ;
• tunnels ;
• tuyaux d’irrigation ;
• ficelles et attaches ;
• équipements de culture ;
• emballages et matériels divers.
Avec le temps, le soleil, les variations de température, les passages mécaniques et l’usure peuvent fragmenter certains de ces matériaux.
Des particules peuvent également provenir d’autres sources et être transportées vers les sols par l’eau, l’air ou certains apports organiques.
Plus un fragment se divise, plus il devient difficile à voir et à récupérer.
Les chercheurs ont donc dû développer et comparer des méthodes permettant de détecter différentes tailles de particules dans une matrice aussi complexe que la terre.
C’est l’un des apports importants du projet : mieux mesurer avant de pouvoir correctement évaluer les risques.
Des travaux associés à MINAGRIS montrent également que les microplastiques peuvent se déplacer dans le profil du sol.
La texture de la terre, la taille des particules, les précipitations ou l’irrigation peuvent influencer leur transport.
Il ne faut donc pas imaginer cette pollution comme une simple couche de petits fragments restant immobiles à la surface.
C’est probablement l’une des questions les plus importantes.
Vers de terre, collemboles, nématodes, microorganismes et nombreuses autres formes de vie participent à la fertilité et au fonctionnement des sols.
MINAGRIS a étudié comment différents types et concentrations de particules peuvent modifier :
• certains paramètres physiques du sol ;
• la disponibilité de l’eau ;
• l’activité et la reproduction d’organismes souterrains ;
• la physiologie et la croissance de plantes ;
• et les effets combinés avec d’autres stress environnementaux.
Mais il n’existe pas une réponse unique valable pour « le plastique ».
Les effets varient selon le polymère, la taille des particules, leur concentration, le sol considéré et les autres contraintes présentes.
C’est également un enseignement important de ces recherches : les scientifiques ne souhaitent plus étudier chaque pollution séparément.
Dans un sol réel, une plante peut être confrontée simultanément à :
• un déficit d’eau ;
• des produits phytosanitaires ;
• des résidus plastiques ;
• une hausse des températures ;
• ou différentes contraintes biologiques.
Les expériences dites « multi-stress » cherchent justement à comprendre ces interactions.
Il serait excessif d’en conclure qu’utiliser une bâche ou une attache en plastique rend automatiquement un jardin dangereux.
En revanche, quelques principes de bon sens ressortent de ces recherches :
• éviter de laisser se désagréger de vieux plastiques dans la terre ;
• retirer les ficelles, attaches, films et fragments devenus cassants ;
• privilégier lorsque c’est possible des équipements durables et réutilisables ;
• ne pas enfouir volontairement les déchets plastiques ;
• surveiller particulièrement les anciennes bâches qui se fragmentent en petits morceaux difficiles à récupérer.
Une fois les particules devenues microscopiques, leur élimination devient évidemment beaucoup plus compliquée.
La pollution plastique des sols est beaucoup moins visible que celle des océans, mais elle constitue désormais un véritable champ de recherche.
MINAGRIS aura surtout permis de mieux comprendre où chercher, comment mesurer et quelles interactions étudier.
Le principal enseignement n’est donc pas que tous les plastiques ont exactement le même effet, mais que leur fragmentation et leur accumulation dans les sols doivent être prises en compte dans l’évaluation future de la santé des terres agricoles.
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